Archives - Plan de Mauves-sur-Huisne - © Inventaire du patrimoine normand

L’église Saint-Pierre (XIIe s.)

L’église Saint-Pierre, située au nord du bourg de Mauves, est un édifice du XIIᵉ siècle, reconnaissable à son abside romane et à son imposant clocher médiéval. Elle est inscrite au titre des Monuments historiques depuis 1975.

Au-delà de son usage cultuel assuré par la paroisse Sainte Céronne et Sainte Anne du Perche, l’église est un lieu privilégié pour les activités culturelles à Mauves. Sa remarquable acoustique, en particulier, en fait une salle de concert très agréable. Elle sert également à accueillir des expositions culturelles et artistiques.

Contexte historique

Au Moyen Âge, Mauves possédait deux paroisses et deux églises : Saint-Pierre et Saint-Jean. Elles furent réunies en 1385 par l’évêque de Sées, et l’église Saint-Jean finit par être démolie en 1820.

Aujourd’hui, deux statues de Saint-Jean et Saint-Pierre, face-à-face, sont conservées dans l’église.

Gravure par L. Lhuillier, d’après un dessin de F. Rauch – Guide pittoresque du voyageur en France (1838)
Vue de Mauves vers 1800, l’église Saint-Pierre à droite, et le clocher de l’église Saint-Gilles à gauche

Architecture

Tour de l'église Saint-Pierre de Mauves

L’intérêt de l’édifice tient notamment à la coexistence de plusieurs campagnes de construction et de restauration, de son abside romane du XIIe siècle, jusqu’aux interventions des XIXe et XXe siècles.

La construction au XIIIe siècle de son imposante tour-clocher carrée revêt un caractère particulièrement remarquable à l’échelle locale.

La tour comporte cinq niveaux d’élévation. Sa partie basse est de plan carré puis elle devient octogonale au niveau de la chambre des cloches. Ses imposants contreforts sont couronnés de pinacles.

Une porte en arc brisé permet d’y accéder et un escalier en vis en pierre conduit au clocher. La chambre des cloches est éclairée par des baies en lancettes.

En 1554, une seconde chapelle sud est construite pour Jean Goëvrot (né à Mauves en 1501, devenu médecin du roi François Ier et vicomte du Perche) et ses héritiers. La date de 1554 est encore portée sur un élément de la chapelle, avec l’inscription « IESU MARIA ».

Chapelle sud – Vitraux (représentant Marguerite de Lorraine et le roi Saint-Louis), autel, et plafond daté

Au XVII siècle, l’édifice subit une campagne de restauration avec le percement ou agrandissement des ouvertures de la nef et la construction d’un porche couvert servant aux réunions de la Fabrique, en prolongement de la nef à l’ouest. Un cadran solaire, sur la façade sud de la tour, est également daté de 1633.

Au XIXe siècle, un incendie provoqué par la foudre frappant le clocher entraîne de nouveaux travaux. Une chapelle nord et une sacristie sont alors construites.

La tour est restaurée en 1862, tandis que la chapelle sud-est, initialement dédiée à saint Jean l’Évangéliste, est restaurée en 1873 puis placée sous le vocable de Saint Joseph.

Autel dans la chapelle nord
Retable et autel de la chapelle nord

L’église possède une voûte en berceau lambrissée et peinte, posée sur une charpente. Elle est à mettre à l’actif de l’abbé Vingtier, curé de Courcerault (formé à l’École des Arts décoratifs de Paris, il a réalisé ou restauré des décors dans plusieurs églises du Perche). Son décor en polychromie est commandité par l’abbé Lecouteux, vicaire de Mauves (1880).

Cinq vitraux – peut-être plus – datent de 1931 et sont à mettre à l’actif de l’atelier Mauméjean. L’église conserve également plusieurs éléments remarquables, parmi lesquels des fonts baptismaux et leur chapiteau du XIIe siècle, une chaire en bois sculpté de style Louis XV et une copie d’une œuvre de Murillo représentant la Sainte Famille.

Le Pont Catinat (XVIIe s.)

Au sud du bourg, le pont Catinat franchit l’Huisne et marque depuis plus de quatre siècles l’entrée du bourg.
Il s’agit en réalité de trois ponts construits entre 1610 et 1611, à l’initiative de Pierre de Catinat, seigneur de Mauves, de la Fauconnerie et de Blavou, conseiller du Roi en son parlement de Paris.
L’ouvrage est inscrit au titre des monuments historiques depuis 1939.

Le pont principal se distingue par son profil en dos d’âne, par ses arches en plein cintre et ses solides piles en pierre, renforcées par des becs pointus et des contreforts. Les deux autres ponts, situés plus au sud, sont plus petits et ne possèdent chacun qu’une seule arche. L’ensemble est constitué de calcaire, de grès et de briques.

Au début du XVIIᵉ siècle, un pont de cette importance facilite les échanges commerciaux et l’accès au bourg. Mauves est alors un village commerçant, développé autour de sa rue principale, de ses foires et de ses marchés.

L’ouvrage témoigne aussi du pouvoir et du rôle des seigneurs locaux à l’époque. En faisant construire ces ponts, la famille Catinat inscrit durablement son nom dans le paysage de Mauves. Elle possèdera d’ailleurs la seigneurie de Mauves jusqu’à la Révolution.

Moulins

En 1866, Mauves compte quatre moulins à blé, chacun lié à un cours d’eau différent : le Moulin Batrei sur la Chippe, le Moulin d’Echoppey sur le ruisseau de Chêne Galon, le Moulin de Landres sur le ruisseau éponyme et le quatrième, dit Moulin de Mauves, sur la rivière de l’Huisne.

Le plus anciennement documenté est le Moulin de Mauves : en 1100, un acte mentionne un moulin situé sur la « rivière d’Huigne, près Saint-Pierre de Mauves » donné aux religieux de l’abbaye de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou.

Le moulin est plusieurs fois détruit et reconstruit. En 1809, il produit environ 600kg de farine par jour. Il est réglementé par un arrêté préfectoral en 1855, puis l’ancien bâtiment est démoli en 1859 et reconstruit vers 1861 pour Adolphe Marreau.

En 1905, son activité meunière cesse. Les frères de Bligny acquièrent alors le site et le transforment en usine génératrice d’électricité destinée à alimenter la commune de Mauves. L’établissement passe ensuite entre plusieurs propriétaires et exploitants, puis au Syndicat départemental d’électricité de l’Orne et à EDF. La production d’électricité cesse en 1935.

Cartes postales datant du premier quart du XXe siècle – Moulin de Mauves

Son propriétaire actuel, Morgan, ferronier d’art à Mauves, ouvre régulièrement ses portes pour des visites ou expositions d’art (lors des Journées Européennes du Patrimoine, Journées Européennes des Métiers d’Art…).

Lavoir (XIXe s.)

En 1878, le conseil municipal acquiert un terrain au bord de l’Huisne, appartenant alors à M. et Mme Domin, pour la somme de 300 francs pour y construire un lavoir, d’utilité publique. Le lavoir sera vraisemblablement construit la même année sur ce terrain qui, à l’époque, forme une presqu’île.

Le lavoir de Mauves-sur-Huisne, particulièrement bien conservé et restauré il y a une dizaine d’années, constitue l’un des rares témoignages dans le secteur de ces lieux de sociabilité féminine de l’époque.

Grange aux dîmes (XVe s.)

La grange aux dîmes, également désignée sous le nom de « grenier à sel » est considérée comme l’un des (si ce n’est le) plus anciens bâtiments du bourg, à l’exception, bien sûr, de l’église. Son analyse architecturale permet de la dater du XVe ou XVIe siècle.

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Le domaine de Landres (XIIIe s.)

Le domaine de Landres constitue l’ensemble seigneurial le plus important du territoire communal. Il comprend, outre sa trentaine de fiefs, un château, un colombier, des allées, un parc arboré, des jardins, une ferme et un moulin. Son histoire est attestée au moins depuis le XIIIe siècle.

Au fil des siècles, Landres passe entre les mains de plusieurs familles, parmi lesquelles les de Vaunoise, de Chiray, Goëvrot et Le Balleur.
Au XVIe siècle, Jean Goëvrot, médecin de François Ier, devient seigneur de Landres. En 1783, Landres est acquis par Jean-Baptiste Dureau de La Malle, homme de lettres et futur membre de l’Académie française. Il y développe notamment des expériences agricoles. Son fils Adolphe, historien et membre de l’Institut, poursuit cette présence familiale au XIXe siècle.

La vie du domaine est également documentée par des archives particulièrement précieuses. Les Archives départementales conservent notamment un livre de comptes de 1775 tenu par Madame de Gersant, châtelaine de Landres. L’histoire de Landres a également été étudiée par la Fédération des Amis du Perche, qui a publié en 1957 dans les Cahiers Percherons une étude consacrée au château de Landres.

La Maison Goëvrot (XVe s.)

La maison Goëvrot, située au cœur du bourg de Mauves-sur-Huisne, est un édifice ancien qui conserve des éléments attribuables aux XVe et XVIe siècles : un pignon découvert à rampants sculptés, son contrefort, la tour d’escalier hors-oeuvre et une sculpture figurant une religieuse dans une niche de la façade.

Elle appartient à un ensemble appelé la « cour Goëvrot » : au XVIe siècle, l’ensemble des bâtiments appartient à Jean Goëvrot, vicomte du Perche, qui a probablement apporté plusieurs modifications aux bâtiments. L’origine de l’édifice serait liée à un ancien monastère de filles ayant appartenu à l’abbaye d’Arcisses.

Les ouvertures ont été modifiées aux XVIIIe et au XIXe siècles en façade principale. Les bâtiments accolés (étable-écurie, fournil) datent de la même période.

Les anciennes écoles

L’école de garçons

En 1834, la commune loue à M. Bansard une maison destinée à accueillir à la fois le logement de l’instituteur et l’école. En 1859, l’état de cette école est jugé très insuffisant : le conseil départemental souligne l’exiguïté et le mauvais éclairage des locaux. Mauves compte alors 1 272 habitants et figure parmi les communes les plus riches de l’arrondissement. La construction d’une véritable école devient donc urgente. Dans l’attente, l’enseignement est transféré dans le bâtiment de l’actuelle mairie, qui était alors une mairie-école.

La nouvelle école publique de garçons, située aujourd’hui chemin de l’Abreuvoir, est finalement construite dans les années 1870-1880 (son architecture est similaire à celle de l’école de Corbon construite en 1877, ce qui laisse penser que les bâtiments ont été conçus à la même période).

L’édifice est particulièrement caractéristique de l’architecture scolaire de la fin du XIXᵉ siècle : bâtiment rectangulaire en rez-de-chaussée surmonté d’un comble, façades symétriques, baies en plein cintre, corniches moulurées à denticules, chaînages d’angle en pierre calcaire et toiture d’ardoise.

En 1929, un préau, une remise et des cabinets d’aisance sont ajoutés au nord. Après la construction d’une nouvelle école dans les années 1960, l’ancienne école de garçons est transformée en ébénisterie/menuiserie.

L’école de filles

Jusqu’au début du XXe siècle, l’école de filles est dispensée par Rose Bouland, une institutrice congréganiste de la communauté de la Providence de Sées, dans une maison du bourg louée à cet effet à la municipalité. À son départ en retraite, le conseil municipal décide la laïcisation de l’école de filles, avec son remplacement par une institutrice laïque. La Providence refuse alors de continuer à louer la maison pour y dispenser un enseignement laïque.

En 1902, le conseil municipal délibère en faveur de l’installation d’une école publique de filles et achète en 1905 un terrain à M et Mme Bansard au sud du bourg pour la somme de 2400 francs. L’agent voyer, M. Vivier, dresse les plans et devis de la construction de l’école, pour un montant de 23050 fr. Les travaux seront réalisés, à quelques exceptions près, par l’entrepreneur Guilles en 1907.

Bibliographie et sources

Région Normandie – Inventaire général du patrimoine culturel, dossiers sur Mauves-sur-Huisne.

FRET, Louis-Joseph, Antiquités et chroniques percheronnes, ou recherches sur l’histoire civile, religieuse, monumentale, politique et littéraire du Perche et pays limitrophes, 1840.

PITARD, J.-F., Fragments historiques sur le Perche, statistique par commune et par ordre alphabétique, 1866.

BART DES BOULAIS, Recueil des Antiquitéz du Perche, comtes et seigneurs de la dite province, 1613.

Ernest BOISSIERE, Histoire de Mauves, 1955.

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